La facturation électronique entre entreprises devient obligatoire en France à partir du 1er septembre 2026. Cette réforme concerne plus de 10 millions d’acteurs économiques : toutes les entreprises établies en France et assujetties à la TVA, sans exception. Ce guide fait le point, dates en main, sur ce qui change, qui est concerné et comment se préparer concrètement.
Qu’est-ce que la réforme et pourquoi
Depuis 2020, les entreprises adressent déjà leurs factures à la sphère publique au format électronique via Chorus Pro. La réforme 2026-2027 étend cette logique aux transactions entre entreprises (B2B). Elle repose sur deux obligations distinctes :
- l’e-invoicing : émettre et recevoir ses factures inter-entreprises au format électronique, via une plateforme agréée ;
- l’e-reporting : transmettre à l’administration fiscale les données de certaines transactions (ventes aux particuliers, opérations avec l’étranger) et les données de paiement.
Les objectifs affichés par l’État sont triples : lutter contre la fraude à la TVA, simplifier les obligations déclaratives (pré-remplissage des déclarations de TVA) et moderniser la gestion des entreprises. Pour les entreprises, le gain attendu est concret : moins de saisie manuelle, moins de factures égarées, des délais de paiement raccourcis et une intégration automatique en comptabilité. Une vue d’ensemble des logiciels de facturation électronique est disponible si vous souhaitez comparer les solutions du marché.
Attention : une facture électronique n’est pas un simple PDF envoyé par e-mail. C’est un fichier structuré, normé, qui transite obligatoirement par une plateforme agréée. Le PDF classique, le scan ou la facture papier ne seront plus conformes pour les opérations B2B concernées.
Le calendrier officiel daté
Le calendrier de généralisation, confirmé par les textes officiels (impots.gouv.fr et economie.gouv.fr), est le suivant :
1er septembre 2026
- Obligation de réception de factures électroniques pour toutes les entreprises, quelle que soit leur taille.
- Obligation d’émission de factures électroniques pour les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire (ETI).
1er septembre 2027
- Obligation d’émission de factures électroniques pour les petites et moyennes entreprises (PME) et les micro-entreprises (TPE).
Le point clé à retenir : dès le 1er septembre 2026, absolument toutes les entreprises doivent être capables de recevoir une facture électronique, même celles qui n’émettent quasiment aucune facture. Comme une grande entreprise pourra vous envoyer ses factures sous forme électronique dès cette date, vous devrez avoir choisi votre plateforme pour les recevoir. L’obligation d’émission, elle, est échelonnée selon la taille de l’entreprise.
Rien n’empêche de démarrer en avance : de nombreuses entreprises émettent et reçoivent déjà des factures électroniques.
PDP, PPF et OD : qui fait quoi
Trois acronymes structurent le nouveau dispositif. Les comprendre est essentiel pour faire le bon choix.
La PDP (Plateforme de Dématérialisation Partenaire), désormais appelée « plateforme agréée », est l’acteur central. Immatriculée par l’administration fiscale, elle est habilitée à émettre, recevoir et transmettre les factures électroniques ainsi que les données de transaction. Chaque entreprise doit obligatoirement choisir au moins une plateforme agréée. Plus d’une centaine ont déjà été immatriculées.
Le PPF (Portail Public de Facturation) a vu son rôle évoluer de façon importante. L’État a abandonné le projet d’un portail public gratuit permettant d’émettre et de recevoir directement ses factures. Le PPF devient un annuaire central (recensant les entreprises et leur plateforme de rattachement) et un concentrateur de données vers l’administration fiscale. Conséquence pratique : vous ne pourrez pas facturer gratuitement via le PPF ; le passage par une plateforme agréée (ou une solution compatible reliée à l’une d’elles) est incontournable.
L’OD (Opérateur de Dématérialisation) ou « solution compatible » désigne un logiciel de facturation, de comptabilité ou de caisse qui n’est pas lui-même immatriculé, mais qui se connecte à une plateforme agréée pour transmettre vos factures. Si votre logiciel actuel est une solution compatible, il pourra continuer à servir d’interface, à condition d’être raccordé à une PDP. Pour bien distinguer ces statuts, lisez notre guide PDP, OD, PPF : comprendre les acteurs.
Les formats : Factur-X, UBL, CII
La réforme impose des formats structurés conformes à la norme européenne EN 16931. Trois formats socle sont retenus :
- Factur-X : format hybride franco-allemand, très adapté aux PME et TPE. Il combine un PDF lisible par un humain et un fichier XML structuré intégré, lisible par les machines. C’est le format le plus accessible car il reste consultable comme un PDF classique.
- UBL (Universal Business Language) : format full-XML très répandu à l’international.
- CII (Cross Industry Invoice) : format full-XML porté par l’UN/CEFACT, courant dans les grands groupes et les échanges industriels.
En pratique, votre plateforme agréée gère la conversion entre ces formats. Vous n’avez généralement pas à vous soucier de la « tuyauterie » technique : le rôle de la plateforme est précisément d’assurer l’interopérabilité. À noter aussi : quatre nouvelles mentions obligatoires s’ajoutent aux factures à compter du 1er septembre 2026, dont le numéro SIREN du client et la catégorie de l’opération (livraison de biens, prestation de services ou opération mixte).
E-invoicing vs e-reporting : ne pas confondre
Ces deux obligations sont souvent confondues, alors qu’elles couvrent des opérations différentes.
L’e-invoicing concerne les factures entre entreprises assujetties à la TVA établies en France (B2B domestique). La facture elle-même transite par les plateformes agréées.
L’e-reporting concerne la transmission de données (et non de la facture complète) pour les opérations qui sortent du champ de l’e-invoicing :
- ventes aux particuliers (B2C) ;
- opérations avec des clients ou fournisseurs étrangers (import/export, intracommunautaire) ;
- données de paiement pour les prestations de services.
Une entreprise qui ne vend qu’à des particuliers ne sera pas concernée par l’e-invoicing pour ses ventes, mais devra faire de l’e-reporting sur ces transactions — et restera tenue de pouvoir recevoir les factures électroniques de ses fournisseurs.
Comment se préparer : la checklist
- Identifier vos obligations et leur date : déterminez votre catégorie de taille (grande entreprise/ETI au 1er septembre 2026 en émission ; PME/TPE au 1er septembre 2027). Rappel : tout le monde doit pouvoir recevoir dès septembre 2026.
- Choisir une plateforme agréée (PDP) : c’est la décision structurante. Vérifiez qu’elle figure bien sur la liste officielle des plateformes immatriculées publiée sur impots.gouv.fr.
- Vérifier votre logiciel actuel : votre outil de facturation ou de comptabilité est-il une solution compatible reliée à une PDP ? Plusieurs éditeurs comme Pennylane, Qonto, Tiime, Indy ou Sage 100 proposent ou intègrent une plateforme agréée. Les indépendants et TPE trouveront des pistes dans notre guide du meilleur logiciel pour freelances et TPE.
- Mettre à jour votre base clients : collectez et fiabilisez les numéros SIREN de vos clients professionnels, désormais obligatoires sur les factures.
- Former vos équipes : adaptez vos processus de facturation et de comptabilité au nouveau circuit (émission via plateforme, réception, archivage).
- Anticiper plutôt que subir : démarrez les tests dès maintenant. Attendre la dernière semaine d’août 2026 est le meilleur moyen de se retrouver bloqué.
Pour comprendre comment nous évaluons et comparons les solutions citées, consultez notre méthodologie.
FAQ
Un simple PDF par e-mail suffira-t-il ? Non. Pour les opérations B2B concernées, la facture devra être un fichier structuré (Factur-X, UBL ou CII) transmis via une plateforme agréée. Le PDF ordinaire ne sera plus conforme.
Les micro-entrepreneurs sont-ils concernés ? Oui. Même en franchise en base de TVA, les micro-entrepreneurs restent assujettis à la TVA et sont soumis à la facturation électronique, en réception comme en émission (émission au 1er septembre 2027).
Le PPF est-il une solution gratuite pour facturer ? Non, plus désormais. L’État a abandonné le portail public d’émission/réception. Le PPF est devenu un annuaire central et un concentrateur de données. Vous devez passer par une plateforme agréée.
Que se passe-t-il si je ne suis pas prêt à la date butoir ? Vous ne pourrez plus émettre de factures conformes à vos clients professionnels (selon votre échéance) et ne pourrez pas recevoir correctement celles de vos fournisseurs dès septembre 2026. Au-delà du risque de sanctions, c’est votre encaissement qui peut être bloqué.
Faut-il une seule plateforme ou plusieurs ? Une seule plateforme agréée suffit pour être en conformité, mais une entreprise peut en utiliser plusieurs selon ses besoins (émission, réception, e-reporting).